Pourquoi j’enseigne la grammaire en chanson
Depuis que je suis toute jeune, je me souviens de chanter à tue-tête et danser avec ma soeur, autant sur Les Respectables et Zachary Richard que sur du MixMania ou Céline Dion et avait du gros fun noir! Plus vieille, la chanson m’a aidée à traverser des épreuves de toutes sortes. Plus tard, elle m’apaisait ou me donnait de l’énergie. Bref, la chanson m’a toujours accompagnée dans mon quotidien. Dès que j’entends une chanson pour la première fois, ce sont les paroles qui m’accrochent… ou pas! 😅 Je porte une attention particulière au message. Des paroles puissantes peuvent me faire aimer la chanson même si la mélodie n’est pas ma préférée. L’inverse est toutefois beaucoup moins vrai. J’ai toujours eu un faible pour les chansons francophones parce que je me retrouvais dans le message véhiculé. En voyage, lorsque ça fait longtemps que je suis partie, y’a rien de mieux que d’écouter des chansons québécoises pour me faire du bien et me ramener au Québec, l’espace d’un instant. En grandissant, Les Cowboys fringants et leurs chansons sont venus de véritables incontournables pour moi, autant pour leurs paroles et l’utilisation des mots que pour leur message véhiculé que pour leur rythme. Chaque écoute me fait découvrir une nouvelle parole, un nouveau sens.
Sur le plan professionnel, la grammaire n’est pas la matière que je préfère enseigner. Il y a tellement d’exceptions aux règles et je trouve que cela repose davantage sur une mémorisation que sur un raisonnement logique.
C’est exactement pour toutes ces raisons que j’ai décidé d’enseigner la grammaire à l’aide des chansons. Parce que qui n’aime pas écouter des chansons ? J’ai donc décidé de combiner les deux. En lisant et en décortiquant les chansons, ça nous amène d’abord à comprendre la chanson et à réfléchir au message. Souvent, lorsque je demandais élèves leur chanson préféré, plus de la moitié me nommait des chansons en anglais et très peu d’entre eux connaissaient réellement la signification des paroles. J’ai donc décidé de les interpeller autrement en leur partageant un des mes intérêts personnels: la musique.
Concrètement, comment se passe une période ?
Après avoir enseigné ma notion grammaticale durant la semaine, le vendredi, j’aime la retravailler à travers une chanson choisie (ça peut être à partir des suggestions d’élèves ou encore d’une chanson significative pour moi).
Je me renseigne d’abord sur l’artiste. Après avoir nommé le titre de la chanson de la semaine, je vais notamment discuter de son rôle: est-il le compositeur, l’auteur ou/et l’interprète? Cela peut être tellement riche de connaître l’histoire ou certains éléments de la vie d’un artiste pour mieux comprendre et interpréter le message de ses chansons.
Ensuite, je distribue les feuilles sur lesquelles les paroles sont écrites, mais trouées, c’est-à-dire qu’il manque des mots. En écoutant, la chanson les élèves devront compléter les mots manquants. Une deuxième écoute. Une troisième peut l’être si le débit est rapide. Cela permet de travailler l’écoute sélective. Je vous conseille, lorsque vous le faites pour la première fois, de choisir une chanson dont le débit n’est pas trop rapide, une chanson très connue de tous ou une chanson dans laquelle il y a peu de mots manquants. C’est plus facile pour eux. Après, nous lisons les paroles et à main levée, les élèves épellent les mots manquants. Je pose des questions sur morphologie du mot (accord, genre, lettre muette, etc.) Nous revenons naturellement sur BEAUCOUP de notions grammaticales.
Vient ensuite la section grammaticale, durant laquelle je travaille la notion de la semaine à l’aide de la chanson, mais aussi le temps des verbes, la reconnaissance des verbes et l’accord du verbe.
Finalement, je travaille les différentes dimensions de la lecture à partir de l’interprétation de la chanson, du message, des intentions de l’artiste, des mots choisis, etc. Nous rejouons ensuite la chanson une dernière fois à l’aide des paroles complètes. Ce segment permet notamment de travailler la fluidité. Parfois, nous regardons également le vidéoclip lorsqu’il apporte des éléments intéressants à observer ou à discuter. Bien sûr, je l’aurai regardé avant afin de m’assurer qu’il convient au contexte de la classe.
Le tout se fait généralement en une période, ou une période et demie tout au plus.
Les avantages
🎵 Faire découvrir la culture québécoise
Cela permet de découvrir de nouveaux genres, de nouveaux artistes et différentes époques, tout en faisant une place au patrimoine culturel québécois.
🗣️ Valoriser la langue française et enrichir le vocabulaire
Selon l’époque et le contexte dans lesquels la chanson a été écrite, les élèves peuvent être exposés à des particularités du français québécois, à des expressions moins connues ou encore à des tournures de phrases auxquelles ils sont moins habitués.
💭 Aborder des thèmes riches et parfois délicats
Certaines chansons sont d’excellentes portes d’entrée pour aborder des sujets plus sensibles, discuter de valeurs ou simplement partir une discussion qui n’aurait peut-être pas eu lieu autrement. Mes moments préférés!
🔎 Travailler les inférences et les différentes dimensions de la lecture
Les chansons permettent de travailler l’inférence, le double sens et les intentions de l’auteur tout en développant les différentes dimensions de la lecture.
✏️ Travailler la grammaire autrement
C’est une façon de travailler la grammaire de manière moins magistrale, en la plaçant dans un contexte authentique.
❤️ Augmenter la motivation
Sur une touche plus personnelle, j’ai toujours trouvé que les élèves étaient plus engagés et plus motivés à apprendre lorsque venait la période de la chanson. Ils prenaient part aux discussions et se prêtaient au jeu. Et surtout : aucune page blanche!
Les défis
🎵 Il faut bien choisir sa chanson
Certaines chansons ne contiennent tout simplement pas des paroles qui conviennent à l’âge des élèves ou au contexte de la classe. Le choix de la chanson est donc important.
⏱️ Cela demande davantage de temps de préparation
Il faut se renseigner sur l’artiste, écouter la chanson à plusieurs reprises pour bien comprendre les paroles et réfléchir à la façon de les exploiter en classe, sans oublier le choix de la chanson elle-même. Certaines chansons doivent également être contextualisées.
📝 Les premières fois demandent un peu d’adaptation
Comme pour n’importe quelle nouvelle routine, les premières fois demandent un peu plus d’organisation et d’adaptation. Une fois que les élèves connaissent le fonctionnement, c’est beaucoup plus naturel!
👂 Les goûts musicaux sont variés
Les discussions ou même simplement l’écoute de la chanson peuvent parfois entraîner des commentaires désobligeants, surtout lorsque les goûts musicaux des élèves sont très différents. C’est donc aussi une belle occasion de travailler l’ouverture, le respect des goûts des autres et la façon de formuler son opinion. Toutefois, il faut mettre rapidement fin à ce genre de commentaires.
En somme, c’est vraiment une approche gagnante qui me permettait de travailler la grammaire tout en rejoignant les élèves autrement, en suscitant leur engagement et en faisant une petite place à la culture québécoise en classe. Lorsqu’on en entend parler lors des rencontres de parents, qu’ils redemandent d’écouter la chanson au cours de la semaine suivante ou que la période de chanson devient celle qu’ils attendent impatiemment, ce sont de signes qui ne mentent pas, ils sont motivés!
Sur ma boutique Mieux Enseigner, il y a plus de 20 choix de chansons si vous souhaitez l’essayer. Plusieurs sont gratuites!
FAQ :
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Choisissez des paroles adaptées à l’âge des élèves et, pour commencer, une chanson connue au débit lent avec peu de mots manquants. Plusieurs chansons prêtes à utiliser sont offertes sur la boutique Mieux Enseigner.
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On réinvestit la notion de la semaine à partir d’une chanson : présentation de l’artiste, texte troué à compléter à l’écoute, correction des mots manquants, puis travail grammatical et compréhension du message. Le tout tient en une période environ.
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Elle permet de travailler la grammaire dans un contexte authentique, d’enrichir le vocabulaire, de développer l’inférence en lecture et de faire découvrir la culture québécoise, tout en augmentant la motivation des élèves.